Une défaillance d'entreprise sur trois en France frappe la chaîne de la construction, et la situation devrait s'aggraver en 2014 dans le secteur du BTP, d'après une étude alarmante de l’assureur-crédit Coface publiée ce jeudi 21 novembre. Explications et réactions.

Les défaillances d'entreprises dans le secteur de la construction devraient atteindre en 2013 un niveau historiquement élevé en France et 2014 ne devraient pas connaître de réelle amélioration sur ce front, alerte, ce jeudi 21 novembre, l'organisme d’assurance-crédit Coface, qui publie depuis fin 2007 son baromètre sectoriel des risques de non remboursement des crédits.

"Nous avons analysé les entreprises du BTP et du génie civil, mais aussi l'amont de la filière -matériaux et équipement- et l'aval -agents immobiliers- soit au total 2,5 millions de sociétés, explique à Batiactu, Frédéric Wissocq, responsable de branche secteur BTP & Construction de Coface. Et nous nous rendons compte que dans la chaîne de la construction, les cabinets d'architectes, d'ingénierie et autres services sont désormais à la peine."

Les chiffres à retenir ? A la fin octobre 2013, le nombre d’entreprises en faillite dans la construction était en hausse de 5,1% sur un an et dépassait les 20.000 (Ndlr : dont 78 % dans le BTP), alors qu'il était "proche de 14.000 fin 2006", précise Frédéric Wissocq. En 2014, les chiffres devraient encore amplifier pour atteindre 22.000 défaillances dans le secteur du BTP.

Toutefois, la situation dans l’immobilier et les services à la construction est moins dramatique, d’après lui ; mais se "dégrade" de manière plus marquée ( + 3,5% et + 9 % de défaillances sur un an).

"Un rythme plus soutenu que les autres secteurs"
"C’est historique, il y a une inflexion à la hausse à partir de la fin du premier semestre, début du second semestre 2013. Dans ce secteur qui représente 170 milliards d’euros d’activité, et qui concentre un tiers des défaillances, on confirme que la situation est extrêmement tendue en France (contre 30 % en Espagne et 19 % en Allemagne) et qu’elle devrait se poursuivre l’année prochaine
"
,ajoute le spécialiste expert.

Pour rappel : la construction française est aussi très soumise aux aléas domestiques, car "hors travaux publics, 95 % de l'activité du bâtiment est nationale", tient à préciser Frédéric Wissocq. Quant aux travaux publics, ils représentent 70 % de clientèle publique française."

La construction, le secteur le plus couteux
Cette situation se traduit donc par une augmentation des pertes d'emplois. "A septembre 2013, en moyenne, 2,88 emplois sont menacés par défaillance", précise la Coface dans son analyse.
Concernant "la part des impayés", la construction est le secteur le plus "sinistrogène". Le coût financier des défaillances, progresse donc. "Fin septembre 2013, il était sur un an de 1,21 milliard d'euros, soit une hausse de 7,8 % par rapport aux douze mois précédents, détaille l’organisme. Comme cela représente 28,6 % du coût total des défaillances en France, la construction est donc le secteur le plus 'coûteux', loin devant l'agroalimentaire (8 % du total) et la distribution (10 %)."

Vers quelles perspectives en 2014 ?
mise en chantier
Dans ce contexte, l’assureur-crédit reste vigilant quant aux perspectives 2014 du secteur de la construction. "Les permis de construire, qui sont les mises http://www.batiactu.com/edito/defaillances-d-entreprises---le-secteur-de-la-cons-36720.php

Patrick Liébus, président de la Capeb réagit
"Tous les voyants sont au rouge au travers de ce bon rapport réalisé par Coface, nous confie Patrick Liébus, président de la Capeb. Nous les artisans, nous avions alerté le Gouvernement, désormais c'est l'ensemble de la chaîne de la construction (L'immobilier, les cabinets d'architectes, les ingénieurs) qui est bien affaiblie. En effet, il y a eu des atermoiements de la part de Cécile Duflot, ministre du Logement, pendant un an et voilà les résultats... La crise, on n'est en plein dedans et on ne voit pas un horizon qui se dégage. Et cela ne va pas s'améliorer pour 2014 si l'on ne donne pas des signaux forts." Que faire pour ralentir les défaillances ? "Il faut donc avant la fin de l'année, des mesures incitatives sur la TVA, comme nous le demandons, et des mesures d'aide, de crédit d'impôt pour que nos clients puissent enclencher des travaux", conclut Patrick Liébus.


Découvrez également, dès la page 2, le zoom sur la répartition des défaillances dans le BTP et quelles sont les entreprises pénalisées par les défaillances?

 

Sébastien Chabas (21/11/2013)