Les retards de paiement, cancer des entreprises financièrement fragiles, restent trop importants en France comparés, notamment, à l’Allemagne. Alors que 42% des entreprises européennes respectent les délais fixés, elles ne sont en France qu'un tiers à être de "bons payeurs". En Espagne, Italie et Portugal, c’est encore pire.
Retard de paiement en Europe: une spécialité bien latine
par Renaud de Chazournes (Paris)
Une défaillance d’entreprises sur quatre est due à des retards de paiement, en France comme en Europe. Les plus fragiles sont contraintes de fermer, faute de trésorerie, du fait notamment des paiements tardifs de leurs clients
constate Thierry Millon, responsable des analyses Altares. Cette société de services vient de publier une étude très complète comparant l'importance de ce fléau pour les entreprises fragilisées par la crise dans différents pays de l’Union européenne.
Cela tombe bien, le gouvernement français a présenté la semaine dernière onze mesures pour aide des entreprises financièrement exsangues du fait de la crise dont certaines concernent le manque de trésorerie du fait des difficultés et des délais de plus en plus grandes être payées.
L’Etat, qui n’est pas un modèle pour les délais de paiement de ses factures, s’engage à multiplier le nombre de contrôles. Mais cela reste très marginal. Sur les 1.850 entreprises contrôlées l'an dernier, le taux de retard a été, selon Bercy, de 29%.
Aujourd’hui le seul recours légal consiste à poursuivre les clients récalcitrants devant un tribunal de commerce. Procédure non seulement longue mais qui implique le plus souvent la perte définitive du client qui doit comparaitre devant la justice. Ainsi, pour éviter de faire appel au tribunal, la prochaine loi sur la consommation prévue pour le printemps devrait instaurer une simple amende administrative pour mauvais payeurs.
L’étude d’Altares permet de mesurer le décalage entre la France et principalement l’Allemagne sur le comportement des entreprises en la matière. Si outre-Rhin seules 8% des entreprises dépassent un délai de paiement de 30 jours, en France, 12% dépassent un délai de 60 jours. Mais ces mauvaises pratiques françaises ne sont pas les pires en Europe. En Espagne, en Italie et au Portugal, les délais contractuels peuvent atteindre 120 jours et sont encore plus souvent non respectés.
Payer tard, une habitude bien française
Depuis 2010, les entreprises ont pris, la crise économique aidant, la mauvaise habitude de payer en retard leurs fournisseurs. Les retards de règlement dépassent les 12 jours.
La proportion de bons payeurs s'est stabilisée "aux environs de 33 %" selon Altares: seulement une entreprise française sur trois respecte les dates d’échéance fixées. Dans plus de 37 % des cas, les différés de paiement sont cependant inférieurs à 15 jours. Dans le bâtiment "le respect des délais est le plus fort, mais moins d’un entrepreneur sur deux paye ses fournisseurs sans retard (46 %). Ce taux est supérieur de 10 % à celui de l’industrie ; le transport ferme la marche avec seulement 19 % de très bons payeurs".
En Allemagne, régler vite est de règle
Les entreprises allemandes se font un devoir de payer dans les délais prévus. Le retard moyen est inférieur à 8 jours et plus de 85 %, paient avec un retard inférieur à 15 jours.
Même au plus fort de la crise, les reports de paiement excédaient à peine 11 jours (…) En fin d’année dernière, 61,4 % des entreprises allemandes règlaient leurs fournisseurs à l’échéance, voire avant le terme. Et, crise ou pas, d'année en année les entreprises d'outre-Rhin sont de plus en plus vertueuses. Comme en France, c'est dans le secteur des transports que l'on paie le plus tard avec "seulement" 45 % de "bons payeurs". Cette promptitude pour le paiement de fournisseurs explique aussi la bonne santé financière des nombreuses PME allemandes.
En Espagne, cinq mois pour se faire payer
Les comportements de paiement des entreprises espagnoles se http://fr.myeurop.info/2013/02/14/retard-de-paiement-en-europe-une-specialite-bien-latine-7154